Suspendre la réforme n’est pas chose simple. Juridiquement, une telle décision nécessite une nouvelle loi, comme le rappelle la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina. Le gouvernement démissionnaire de Sébastien Lecornu, chargé des seules « affaires courantes », n’a pas la compétence pour initier un tel texte. Il faudrait donc attendre la formation d’un nouvel exécutif avant d’engager un processus législatif complet, long et politiquement risqué. À défaut, un moratoire partiel, échelonné dans le temps, pourrait être proposé, mais toute modification supposerait un débat parlementaire tendu, voire un recours à l’article 49.3, avec le risque d’une motion de censure.

Un coût budgétaire colossal

Sur le plan financier, le retour à un âge légal de 62 ans pèserait lourdement sur les comptes publics. Selon la Cour des comptes, abroger la réforme alourdirait le déficit de 10,4 milliards d’euros d’ici 2035, s’ajoutant aux 6,6 milliards déjà prévus en 2030. Roland Lescure, ministre démissionnaire de l’Économie, a prévenu sur France Inter : « Modifier la réforme va coûter des centaines de millions en 2026 et des milliards en 2027. » Ces projections confirment la fragilité du système, alors que la soutenabilité financière des retraites reste un enjeu central. Le projet socialiste de « contre-budget », évoquant une nouvelle fiscalité sur les dividendes et une « taxe Zucman », sera scruté avec attention, mais aucune solution miracle ne semble à portée de main.

Des réactions politiques et syndicales contrastées

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